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magazine Avril 2007 N° 226 (rubrique Psycho)
Ancêtres
Avoir un grand-père ou un grand-oncle, un inventeur fou et
génial, un artiste célèbre ou un scientifique
de renom peut vous marquer à vie. Fiers et pudiques, les descendants
d’ancêtres célèbres racontent.
Nom illustre et carrière oubliée…
La honte du Paria…
Accepter ses racines
On peut être fier de porter un nom connu de descendre d’un
personnage marquant. Mais ce n’est pas toujours simple. Pour
se construire, il est important d’être en paix avec son
passé, d’accepter ses racines avec ce qu’elles
peuvent avoir de positif et de négatif. Un ancêtre célèbre
n’oblige en aucun cas à aller à l’encontre
de sa propre nature. Alain Losier, psychothérapeute spécialisé
en coaching , connaît bien les problèmes d’identité.
« Dans ce cas de figure, il s’agit de dépasser
l’image de l’ancêtre, précise-t-il. Il est
aussi question de fidélité parentale. Quelqu’un
de très fier d’un parent illustre a parfois tendance
à vouloir lui ressembler, voire à se prendre pour lui.
Celui qui éprouve des difficultés à porter un
nom illustre ou à compter un héros dans sa famille,
doit d’abord considérer son ancêtre comme une personne
et nom comme un personnage illustre à la renommée écrasante.
Ce qui compte c’est aussi la relation qui existe entre deux
personnes. Il ne faut jamais oublier que l’histoire du grand-père
ou de la grand-tante, c’est son histoire. Les descendants n’en
sont pas responsables. Il faut faire la part des choses ? mais ça
n’empêche pas qu’on puisse mal le vivre ! »
Ne pas donner le pouvoir aux autres
Dans ce mal-être, les autres pèsent de tout leur poids.
La petite fille d’un écrivain aura-t-elle le droit d’être
nulle en dissertation ? Faire des fautes d’accord du participe
passé quand on compte dans sa famille un grammairien ? Peut-on
dessiner comme un bébé quand on descend de Permeke ou
de Spilliaert ? Ou brûler ses plats avec un ancêtre grand
restaurateur ? L’entourage se chargera de remarques acerbes
ou de critiques ironiques.
Il faut se poser la question : dois-je vraiment donner le pouvoir
aux autres . analyse Alain Losier. Si je suis mal car quelqu’un
fait pression, c’est que je donne trop de pouvoir à l’autre.
Il est alors temps de s’auto responsabiliser et de démonter
le mécanisme qui construit la souffrance en cherchant le ou
les critiques qui alimentent mes peurs. Ce peut-être, par exemple,
un critère de perfection avec la peur de ne pas être
à la hauteur. On en revient toujours au même point. Comment
trouver sa place ? Comment trouver sa propre identité.
Le poids de la descendance
Les descendants de personnes célèbres ont aussi une
part de responsabilité dans le développement de la personnalité
de leurs propres enfants. Olivier Widmaier Picasso, petit-fils du
peintre, a mené un vrai travail d’enquête pour
écrire un livre sur son grand-père. Essayant de tirer
au clair les mystères d’un mythe, entre admiration et
souci de vérité. « S'appeler Picasso a ses avantages
mais comporte aussi des charges et des responsabilités, affirme-t-il.
Je me sens investi du devoir de mémoire.Picasso, c’est
le nom de ma mère mais aussi de ma grand-mère ».
Paloma Picasso, fille de Pablo, s’est fait un nom dans le domaine
du luxe et de la cosmétique. Bernard Ruiz Picasso, fils de
Pablo, vit depuis peu à Bruxelles et perpétue l’héritage
artistique de son aïeul. Mais Pablito, fils de Paulo et petit-fils
de Pablo avec lequel il a eu des relations difficiles, s’est
suicidé à 24 ans, quelques jours après la mort
de ce grand-père adulé et qu’il aura peu approché
au cours de sa vie.
« Les parents déposent parfois chez leurs enfants leurs
propres désirs, n’ayant pas fiat tout ce qu’il
fallait pour devenir eux-mêmes ce qu’ils désiraient
devenir et se projetant alors sur leurs descendants, explique Alain
Losier. L’enfant se retrouve bombardé de désirs
et de frustrations, des parents. Soit il va aller dans leur sens,
soit aller complètement à l’encontre. C’est
plus facile d’attendre des autres d’être à
la hauteur quand on estime ne pas l’avoir été
soi-même. En l’occurrence ici, ne pas avoir honoré
le talent des ancêtres. Réaliser que ses aïeux ont
agi, bien ou moins bien, et que ça n’appartient qu’à
eux, permet de mieux vivre sa descendance. Il faut, dans notre passé,
prendre ce qui nous intéresse et nous enrichit et laisser le
reste. »
Entre fierté, nostalgie, humilité et lassitude, chacun
se construit selon son passé et les faits et gestes de ceux
qui nous ont précédés. La célébrité
peut influencer une vie.
« Le nom d’un être humain est une composante essentielle
de sa personne, peut-être même un fragment de son âme
», a dit Freud. Si ce nom est illustre, il peut donner des ailes…
ou briser l’élan.
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